Lac d’En-Haut, La Godivelle

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23.07.13. En ville, la chaleur était insoutenable. La température dépasserait les trente-huit degrés peu après midi étouffant les ruelles jusqu’à la tombée de la nuit. Quelques fenêtres s’ouvriraient alors, dans l’espoir de capter le peu de fraîcheur dans l’air stagnant et épais. Nous sommes partis pour la Godivelle.
Le thermomètre de la voiture dégringolait à mesure que nous nous enfoncions dans le massif du Cézallier. Après le village de Dauzat-sur-Vodable, le territoire s’étend à perte de vue. C’est vertigineux. La départementale 32 ruisselle au coeur de plateaux accidentés, s’écoule le long de vastes plaines à éoliennes et irrigue des routes flanquées de pentes abruptes peuplées de vaches brunes et solides. Le ciel vira au gris. De lourdes gouttes se fracassaient maintenant sur le pare-brise. Alors que les journaux annonçaient la journée caniculaire de l’année, à treize heures, lorsque nous avons atteint La Godivelle, nous avions perdu vingt degrés. Nous avons alors trouvé un village gris et humide, triste et sauvage, plongé dans la brume. Les Highlands n’étaient pas loin.
Le lac d’En-Haut se situe à une centaine de mètres au-dessus de l’auberge. Nous étions en train de nous garer sur le parking désert quand l’averse s’intensifia au point de faire sautiller le gravier. Nous sommes sortis de la voiture, serrés sous un parasol, et avons couru jusqu’au lac.
Le lac d’En-Haut est très élégant. Parfaitement circulaire, il est au centre d’un cratère au relief imparfait surmonté d’une croix de bois. L’eau du lac, en apparence très sombre, est en réalité particulièrement limpide. Elle a la pureté des hauteurs. Le fond est tapissé de pierres volcaniques d’un gris anthracite qui donne à la surface l’aspect métallisé d’une tôle réfléchissante. Heurtée par les projectiles de pluie, elle renvoyait une image déformée d’un ciel perforé de toutes parts. Nous avancions péniblement dans l’eau, foulant avec prudence ce sol de lave rugueux. Les pierres, criblées de bulles irrégulières, semblaient si légères qu’elles auraient pu flotter. Nous nous mîmes à imaginer ce qu’aurait été le lac si les trachyandésites remontaient à la surface pour la couvrir entièrement.
Nous nous voyions avancer en écartant les billes à la manière d’un brise-glace. Quelle sensation aurions-nous eu en nous baignant, allongés dans la couche de lave, cernés par les cailloux, imprimant nos silhouettes à la surface lorsque nous nous jetterions à l’eau, main dans la main ! Nous aurions voulu voir d’en haut, en vue plongeante depuis la croix, en plan zénithal depuis le ciel, nos deux corps, nus, faisant la planche dans un lac de lave d’argent.

Lac d’En-Haut, La Godivelle
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